CREATIVITE : Etymologie et définitions En français, "créativité" vient du latin: "creo, creas, creaui, creatum, creare". Ce verbe agricole signifiait "faire pousser, produire, faire naître, et dans la langue ecclésiastique "faire naître du néant" ". Il dérive lui-même de "cresco" qui signifie "pousser, croître, arriver à l'existence, naître". En allemand, nous avons "schöpferkraft" qu'on rapproche de "schöpfen" (puiser [de l'eau dans un puits] ou [de l'air pour respirer]...). La créativité consiste en l'invention d'une source et procède d'un appel à l'esprit (inspiration) ! En grec ancien, : faire, causer, créer, produire, composer (un récit poétique)... Le créateur, c'est l'artisan et le conteur... En arabe la racine "BaDaEa" permet d'exprimer tout ce que nous rassemblons dans le champ de la créativité, de l'originalité et de l'invention, mais aussi le champ sémantique de l'hérésie ! La racine hébreu analogue, comporte aussi des connotations positives "inventer, imaginer" et négatives "mentir"... Le modèle de création : Dieu(x) Le mythe cosmogonique est habituellement le plus important puisqu'il raconte comment le monde entier vint à l'être. Pas seulement les êtres révélés dans le mythe, mais aussi le mode qualitatif de la création devient un modèle pour toutes les formes de la création dans la culture. Parfois, il s'agit de création "ex nihilo", dans d'autres cas, la création se fait à partir d'un chaos primordial ou bien à partir d'entités embryonnaires situées à l'intérieur de la terre ou de l'eau. Elle peut encore émerger de conflits et de violences entre les dieux. Presque tous les mythes de création comportent une structure de rupture qui sépare une condition primordiale de la condition humaine. Cet événement mythique peut résulter de l'ignorance d'êtres pré-humains, de l'oubli ou d'une désobéissance consciente. Dans tous les cas, ce défaut suffit à établir une discontinuité entre la création dans son statut primordial et ce qu'elle est devenue pour l'homme vivant. La nature de ce défaut et les rituels pour le réparer sont, bien sûr, corrélatifs. Le renouveau de création et ses rites Les mythes de création expliquent comment les dieux ont manifesté leur créativité dans le monde. Par moment ce pouvoir créateur est supposé décroître ou être battu en brèche par l'humanité. Il doit alors être ré-initialisé, renouvelé, rafraîchi. Ce renouveau prend place à la fin d'un cycle, quand la société comme un tout rexpérimente l'acte créatif originel. Durant ce mystère rituel de "création", toutes les règles et toutes les conventions de la société sont abolies. C'est de ce chaos du pouvoir que les conventions et institutions émergeront plus tard. Theodor Gaster a signalé deux mouvements de base dans ce type de rituel. 1. les rituels de "Kenosis" (faire le vide) : il s'agit d'évacuer la signification du temps lorsque la fin du cycle approche. Le déclin du temps produit en effet des effets nocifs ("noxious") et polluants (defiling). Dès lors, l réponse appropriée est de nature ascétique (austérités). 2. les rituels de "Plerosis" (faire le plein) : il s'agit de commencer un temps nouveau et on représente la surabondance du pouvoir et les drames de l'excès. Il y a interpénétration dans le rite des hauts faits divins et de leur imitation humaine. Or, ce type de rituel, commun aux Mésopotamiens, Egyptiens, anciens Grecs, est présent dans presque toutes les sociétés agricoles. On le retrouve aujourd'hui dans les traditions folkloriques ainsi que dans les arts du spectacle (théâtre, opéra, cinéma). Les deux sources de la créativité La Grèce a donné forme concrètement, sur sa terre même, aux différents courants qui composent la créativité. On parle en philosophie de créativité apollinienne et de créativité dyonisiaque: à Delphes se tenaient les "Jeux Pythiens" pour célébrer la victoire d'Apollon sur le serpent Python. Ainsi, cette ville était-elle consacrée à Apollon, dieu de la prophétie mais aussi patron de la philosophie et des arts. La ville était aussi consacrée à Dionysos, le dieu du vin, de la fertilité, des danses orgiastiques avec ses liens aux Muses... Cette ville était un centre dans lequel paraissaient se conjuguer avec succès les énergies antagonistes de la créativité rationnelle et irrationnelle... En outre, Delphes était appelée l' "omphalos" (nombril ou centre) de la terre, symbolisée par une grande pierre conique. Le symbole y était aussi utilisé concrètement: cétait un objet que lon coupait en deux lorsquune personne partait fonder une autre colonie. Un morceau restait dans la famille dorigine, lautre était emportée par le migrant.Lobjet servait délément de reconnaissance et se transmettait de génération en génération. Il était la trâce de lunité originelle du groupe familial ou communautaire et du désir de garder le lien, lunité, au delà de lespace et du temps.
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